Impression étrange : démocratie en danger

Cette semaine, j'ai été fortement bousculée par deux événements, d'une ampleur différente mais qui me rappellent que la démocratie n'est jamais acquise pour de bon.

Hier, le président Bolsonaro, acclamé par une foule confiante en ses réformes, s'est installé au pouvoir au Brésil. Il s'était entouré, pour l'occasion, de chefs d'Etat de droite dure et populiste, Victor Orban, le Hongrois, Benjamin Netanayou, l'Iraëlien, et le ministre des affaires étrangères de Donald Trump. Le Brésil qui a tourné le dos à la dictature militaire depuis plus de 30 ans, retrouve à sa tête un président nostalgique de cette période et dont les propos font peur à tout démocrate : nettoyer le pays de tous les voyous, en tuant s'il le faut, réduire à  néant les revendications des peuples indigènes en confisquant leurs terres au bénéfice des grandes entreprises agro alimentaires et j'en passe.



Autre continent , autre décor : dans la charmante ville flamande de Ninove, les partisans de
Forza Ninove (liste de tendance Vlaams Belang) et leurs amis (Schild en Vrienden notamment)  manifestent ce jeudi soir "pour le respect de la démocratie".  Le 14 octobre dernier, le parti d'extrême droite flamand, a remporté haut la main le scrutin communal (plus de 40% des suffrages) mais n'a pu trouver de partenaire pour gouverner.   Le "cordon sanitaire" anti extrême-droite a tenu sur le fil du rasoir.  La NVA, ayant perdu les élections, a décidé de siéger dans l'opposition. Les autres partis démocratiques ont pu, in extremis, "sauver" la majorité démocratique  d'un siège seulement grâce à la défection d'un conseiller NVA .qui siègera comme indépendant.  Il faudra tenir 6 ans dans une atmosphère de tension extrême.  La police a d'emblée mis en garde le Collège communal : elle l'a enjoint  d'annuler la cérémonie de présentation des vœux  dimanche prochain, pour éviter tout débordement .  Ce soir, la police demande aux commerces de fermer leurs portes, aux citoyen(ne)s  de rester chez eux, pour éviter les heurts avec les partisans d'extrême droite. La bourgmestre viendra prêter serment à l'hôtel de ville sous escorte policière, face aux manifestants qui diront tout le mal qu'ils pensent de cette coalition qui leur a volé "leur démocratie". Mais de quelle démocratie s'agit-il?  Celle des partisans de l'ordre et de la sécurité,  qui veulent chasser les étrangers de la commune et menacent ceux qui ne pensent pas comme eux.  La démocratie aurait-elle changé de camp? Changé de cap?  On ne sait plus très bien, ce qu'il faut penser aujourd'hui . Mais me reviennent ces moments trop vite oubliés de notre histoire où des régimes durs et terrifiants sont arrivés au pouvoir, en respectant le vote des électeurs qu'ils avaient réussi à manipuler par leur discours enjôleur.

Ce n'est pas la seule commune en Flandre où le cordon sanitaire ne tient qu'à un fil :  à Denderleeuw,  la NVA a aussi choisi de siéger dans  l'opposition au côté du vainqueur des élections, le Vlaams Belang obligeant  les autres partis démocratiques à se coaliser pour former une majorité étriquée d'un siège au conseil communal.

Oui, cette semaine est émaillée d'événements inquiétants même si cela ne sert à rien de jouer à se faire peur . La démocratie, elle se mérite tous les jours, non dans les discours mais dans les actes, et elle mérite qu'on se bouge quand on la sent menacée. A force de s'effilocher, le cordon sanitaire se brisera définitivement  près de chez nous, en Belgique, en Europe et sur les autres continents.

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